Le Suaci Montagn’Alpes a organisé le 20 décembre dernier, au siège du Crédit Agricole des Savoie (CADS), un séminaire sur l’installation en montagne. Un thème prioritaire pour ce pôle de compétences au service du monde agricole, porté par les Chambres d’Agriculture de Savoie Mont Blanc, de l’Isère et de la Drôme. Objectifs : informer, faciliter et encourager les candidats souhaitant se lancer dans l’agriculture, socle de l’économie montagnarde, et dont le Crédit Agricole des Savoie est le partenaire n°1.

« Vous pouvez compter sur le Crédit Agricole des Savoie pour soutenir et accompagner l’agriculture de montagne, particulièrement riche et dynamique dans nos territoires », a rappelé Richard Laborie, Directeur Général Adjoint du Crédit Agricole des Savoie, en préambule du séminaire. Cette journée d’échange a réuni près de 80 participants. Parmi eux, deux classes de terminales Bac Pro CGEA à la MFR les Dronières-Cruseilles, dont plusieurs élèves souhaitent devenir agriculteurs et espèrent être confortés dans leur projet par les débats du jour.

Un record d’installations dans les Savoie en 2018

Premier signe encourageant pour eux : il n’y a jamais eu autant d’installations aidées (bénéficiaires de la Dotation Jeunes Agriculteurs) et non-aidées dans les Savoie qu’en 2018 ! « Leur nombre a bondi de 35 à 40 % pour atteindre les 150 cette année, toutes productions confondues », s’est félicité le directeur général adjoint de la Caisse Régionale qui a engagé 100 millions d’euros d’investissements en faveur du secteur agricole en 2018.

Que ce soit en transmission ou en création, cette croissance forte des installations traduit indéniablement l’attrait des Savoie auprès des candidats aux métiers de la terre.

Parmi les nouveaux installés, de plus en plus de HCF (hors cadre familial), c’est à dire des personnes non-issues du monde agricole ou ne reprenant pas l’entreprise familiale. « Depuis 5 ans, les installations aidées HCF augmentent effectivement », a indiqué  Jérôme Tranchant, l’un des 30 experts du pôle agriculture du CADS, en charge des installations Jeunes Agriculteurs en Savoie. « Dans nos départements aussi le renouvellement des générations passe par le HCF », a-t-il souligné. Les motivations de ces nouveaux installés aidés (DJA) ou non-aidés qui choisissent les Savoie ? Le cadre de vie, les filières agricoles fortes autour de productions de qualité et d’une démographie très dynamique, favorable à la vente directe et à l’agritourisme.

Anticiper son installation comme sa transmission

Pour autant, même si 2018 représente un pic record en nombre d’installations agricoles, les départements savoyards, comme ailleurs en France, sont en déficit d’installations. « Il faut 160 installations en reprise ou entrée dans une société par an pour maintenir le nombre des exploitations actuelles dans les Savoie », rappelle Jérôme Tranchant. Les candidats à l’installation doivent bien se préparer au moins un an en amont pour monter un projet pertinent et économiquement viable compte tenu des enjeux financiers.

L’anticipation doit être encore plus importante pour les futurs cédants de leur entreprise ou de parts sociales. « Dix ans avant le départ à la retraite les futurs cédants doivent se poser les questions juridiques, fiscales et économiques pour que l’exploitation se trouve dans les meilleures conditions pour installer un jeune ».

Parmi les dispositifs intéressants évoqués lors du séminaire, le Fond d’Accompagnement à la Succession et à la Transmission (FAST), imaginé par les Jeunes Agriculteurs de Haute-Savoie pour faciliter la transmission entre un futur cédant et un jeune. « Le FAST est un outil d’accompagnement personnalisé incitatif durant les cinq années qui précèdent la cessation d’activité effective, avec des allégements de charges sociales et de la formation, car une transmission se prépare techniquement et humainement », explique François Chamot, président du syndicat agricole en Haute-Savoie. Objectif : lancer 10 FAST tests en 2019 dans les trois départements nord-alpins avec l’appui de la MSA, des préfectures, du ministère de l’Agriculture, des collectivités territoriales…

Plusieurs sources de financement possibles

Les intervenants du séminaire ont bien sûr abordé les freins à l’installation pour les porteurs de projets, en grande partie d’ordre financier. Les moins de 40 ans et de niveau Bac peuvent prétendre à la DJA (Dotation Jeunes Agriculteurs) qui permet  de constituer une trésorerie dans le cadre de leur projet professionnel ou personnel. 

D’autres outils financiers se développent expérimentés dans les Alpes du Sud, où les Chambres d’Agriculture travaillent en partenariat avec le Suaci Montagn’Alpes : les fonds de prêts d’honneur, en projet en Auvergne-Rhône-Alpes, le fonds mutuel de garantie SIAGI (dotation Région et FEDER) qui permet de favoriser l’accès au crédit pour les agriculteurs. Les futurs installés peuvent également faire appel au financement participatif, très tendance ou encore avoir recours au portage foncier, en lien avec la SAFER ou d’autres acteurs, dont le Crédit Agricole ou encore les coopératives.

Un mot d’ordre de tous les acteurs de la filière : être imaginatif et collectif pour permettre à l’agriculture de montagne de continuer à être performante et d’irriguer les territoires.

 

Futurs candidats à l’installation

 

Ils s’appellent Hugo  et Kevin. Actuellement en terminale à la MFR Les Dronières-Cruseilles, ils rêvent de devenir agriculteurs une fois leur Bac Pro CGEA en poche. Ni l’un ni l’autre ne sont pourtant « tombés petits dans la marmite »! Hugo aimerait reprendre l’exploitation laitière où il effectue ses stages et dont la propriétaire souhaite qu’il la rejoigne avant de la lui transmettre.  Il a déjà entamé des démarches auprès de sa banque et des organismes professionnels agricoles (OPA) pour construire son projet : création d’une aire paillée pour le bien-être des vaches et valorisation du lait sur place en yaourts bio, avant d’envisager la fabrication de Reblochon et d’Abondance, puis l’ouverture d’un gîte et d’une table d’hôtes. Kevin espère lui devenir sociétaire du GAEC où il effectue son stage et dont trois des quatre associés sont en âge de partir à la retraite. Cette exploitation de 80 vaches laitière est spécialisée dans la fabrication fermière de Reblochon, Abondance, tomme et raclette qu’elle écoule principalement dans son magasin de vente directe. Un contact avec la clientèle qui lui plaît beaucoup. Le lycéen  espère trouver un terrain d’entente avec les cédants potentiels de l’entreprise agricole. Avec son camarade Hugo, il a glané beaucoup d’informations durant cette journée et surtout étoffé son réseau pour l’avenir grâce aux échanges avec les représentants des OPA et du CADS.

 

Publi-reportage – Article de Sophie Chanaron – Actu Montagne – Janvier 2019